Conférence : paris 1937, une expo dans la tourmente

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Jeudi 15 octobre à 18h30

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Par Jean-Yves Guillemin, architecte et auteur du " Le pavillon noir " aux éditions "Le lys bleu éditions"

De l’avis des architectes modernes, la préparation de l’Exposition internationale des arts et des techniques dans la vie moderne de 1937 avait été mal engagée, ce qu’avait exprimé Robert Mallet-Stevens en démissionnant du comité préparatoire. C’est l’arrivée au pouvoir du Front populaire qui relance la participation de l’avant-garde à cette manifestation, alors que le contexte politique international est préoccupant et que le retour à l’ordre stylistique triomphe.
Les tenants de l'ordre classique enseigné par l'Ecole des Beaux Arts se confrontent aux défenseurs du mouvement Moderne par l'intermédiaire des journaux et des personnalités politiques. On peut lire les propos par exemple de Jean Favier dans la Construction Moderne du 3 février 1935, après la proclamation des lauréats du Palais de Chaillot : « C’est avec une vive satisfaction que l’on peut en effet constater que les fervents du cubisme intégral, cher à certains architectes de fraîche importation, n’auront pas officiellement l’occasion de souiller de leurs élucubrations, négatives du point de vue artistique, une manifestation qui doit affirmer une prédominance de l’art français qui lui a toujours été disputé sans succès » Cette citation est remarquable dans le sens où elle exprime particulièrement bien le point de vue classique qui prédomina dans le choix des pavillons permanents. Tout d’abord, on ressent le clivage entre l’avant garde et les classiques. Pour eux, seule une architecture inspirée des ordres classiques et qui représente une France moderne peut être construite. L’impression qui découle de nos sources, c’est que l’architecture de l’exposition doit formaliser les dessins hégémoniques d’une patrie mère des arts. Très tôt, l’architecture, représenta l’un des enjeux principaux des Expositions Internationales. En 1851, le Cristal Palace de Londres, en 1855 la galerie des machines à Paris, en 1867 le palais elliptique du Champ de Mars. Enfin, pour fêter les cent ans de la Révolution, la tour Eiffel. Notre imaginaire est rempli de ces palais à la gloire des Expositions. Des monuments qui sont bien souvent des prouesses d’architecture, les témoins d’une époque. Notre proposons d’appréhender l’Exposition internationale de 1937 à travers son architecture. Notre objet d’étude n’est pas l’analyse des singularités architecturales, mais plutôt l’examen de la culture de l’Exposition de 1937. Le choix de l’Expo de 1937 s’est très vite imposé comme un sujet passionnant. Il conjugue l’internationalisme des Expositions universelles avec le contexte singulier de l’année 1937. En Asie, la Chine est le théâtre du conflit sino-japonais. En Europe, la guerre civile espagnole hante l’actualité. En effet, à moins de 1000 kilomètres de Paris, l’Espagne est le cadre d’un affrontement idéologique sans précédent. Le gouvernement de Front populaire espagnol, après avoir remporté l’élection, se doit de remporter la guerre. À l’opposé, le général Franco, à la tête des « nationalistes », tente de restaurer un régime réactionnaire. L’Allemagne et l’Italie, bien que se défendant d’interventionnisme, participent activement au conflit. Les bombardements de la « légion condor » marquent pour l’Allemagne un retour fracassant dans le théâtre des  grands. L’URSS, quant à elle, abat ses dernières cartes dans sa politique de barrage au fascisme. La guerre idéologique prend tout son sens en 1937, dans le contexte de guerre civile. Les communistes, derrière leur panache « rouge », symbolisent la résistance au fascisme. Pour autant, en URSS, Staline épure de manière significative la classe dirigeante. En France, suite aux succès de l’année 1936 (législatives, accords Matignon…), l’année 1937 symbolise à l’opposé une sorte de déclin. La France est partagée, d’un côté le Front populaire suscite l’enthousiasme et l’espoir, de l’autre, les libéraux et traditionalistes perçoivent la gouvernance comme un traumatisme.
L’exercice du pouvoir est rendu également difficile par une majorité plurielle. Les communistes veulent soutenir le Front populaire espagnol contre les nationalistes tandis que les radicaux privilégient la diplomatie
et la paix avant tout. Enfin, la politique financière de Blum demeure un échec. En inscrivant l’Exposition au centre de Paris, l’organisation a peut être favorisé l’émergence de projets témoins d’une architecture classique permettant l’expression de la représentation nationale au détriment d’une architecture plus moderne.

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